Mise à jour quotidienne sur l’audience de l’Office national de l’énergie au sujet du projet du pipeline Keystone, selon lequel TransCanada Pipelines prévoit exporter 500 000 barils de bitume brut par jour des gisements de sables bitumineux de l’Alberta au Midwest des États-Unis.
Par Fred Wilson
Depuis le début du débat public sur le projet du pipeline Keystone visant à acheminer du bitume de l’Alberta aux usines de valorisation et aux raffineries des États-Unis, le nombre au cœur de la controverse est 18 000. C’est le nombre d’emplois canadiens qui seraient créés si les 400 000 barils de bitume/mélange de pétrole lourd devant être acheminés par le pipeline Keystone étaient valorisés et raffinés au Canada.
Ce nombre est fondé sur un modèle économétrique établi par la firme canadienne d’experts-conseils économiques Informetrica au nom du Syndicat des communications, de l’énergie et du papier. Michael McCracken, chef de la direction d’Informetrica, et Dave Coles, président national du SCEP, étaient les principaux témoins pendant la journée d’audience de l’ONE du vendredi 8 juin sur le pipeline Keystone.
M. McCracken et son modèle étaient nettement la principale cible de Keystone et du « groupe des expéditeurs » (Conoco Phillips et Suncor Energy) et cela lui a valu quatre heures de contre-interrogatoire. En fin de compte, M. McCracken a résisté à toutes les tentatives de discréditation de son analyse. En fait, il y a ajouté du détail. Le secteur albertain du raffinage verrait augmenter son PIB de 60%, ce qui ajouterait 1 600 emplois permanents aux raffineries de la province. La valeur nominale des retombées économiques de l’augmentation de la valorisation et du raffinage serait de 2 milliards de dollars par année.
Dave Coles, président du SCEP, a dû répondre à de nombreuses questions au sujet de la politique sur l’énergie adoptée en 2002 par le syndicat. Kemm Yates, avocat de Keystone, a demandé à M. Coles d’expliquer et de préciser chaque ligne de la politique syndicale sur des sujets tels que la mondialisation, l’intégration continentale, la proportionnalité prévue par l’ALENA et la politique industrielle.
Ce fut la lecture la plus détaillée qui ait été donnée à la politique du SCEP sur l’énergie depuis plusieurs années, et cette politique constitue désormais la pièce justificative B36 de l’audience sur le pipeline Keystone. Les questions posées étaient destinées à montrer que la politique du SCEP sur l’énergie allait fondamentalement à l’encontre de la politique publique actuelle et, par conséquent, que l’intervention du syndicat pouvait être rejetée comme étant une tentative de modification de la politique publique. Toutefois, le confrère Coles n’est pas tombé dans le panneau. Gaétan Caron, vice-président de l’ONE, a posé la question suivante à M. Coles : « Demandez-vous à l’Office de récrire la politique publique? ». « Non », a répondu M. Coles, « nous demandons à l’ONE d’interpréter son mandat dans une vaste optique afin de défendre l’intérêt du public ».
A également comparu vendredi Diana Gibson, directrice du Parkland Institute, qui a été questionnée par le groupe des expéditeurs. Sa preuve a bien résisté à l’épreuve. On lui a demandé pourquoi les usines de valorisation et les raffineries qui seraient affectées par l’exportation de bitume ne comptaient pas parmi les intervenants contre Keystone. Un important élément de réponse est que même si, dans le cas du pipeline Alliance, les sociétés pétrochimiques n’ont pas été intégrées aux producteurs de gaz en amont, l’industrie du pétrole est déjà intégrée dans une grande mesure. La plupart des entreprises de valorisation n’appartenant pas à de grandes sociétés pétrolières n’ont pas encore été créées.
Le présent rapport est le dernier d’une série de cinq visant les journées du 4 au 8 juin de l’audience tenue à Calgary. Cette semaine, l’audience aura lieu à Regina, où plusieurs groupes des premières nations Dakota et Sioux traiteront des effets du pipeline sur leurs territoires traditionnels. Ensuite, des questions techniques et d’ingénierie seront examinées avant que les plaidoyers finaux ne soient présentés, ce qui aura probablement lieu à Calgary le 21 juin.
Nous avons créé ce blogue pour jeter un peu de lumière sur les sombres couloirs de la réglementation canadienne de l’énergie et les importants enjeux que comporte pour le Canada l’expansion de l’exploitation des sables bitumineux et les nouveaux pipelines d’exportation vers les États-Unis. Si vous avez lu les comptes rendus que comprend ce blogue, nous espérons que vous continuerez de suivre l’évolution de la situation et que vous participerez au débat public sur ces questions critiques.
La semaine prochaine, nous présenteront un rapport sur les plaidoyers finaux du SCEP et de la Fédération du travail de l’Alberta.
